Accès aux soins primaires et mobilités en Bourgogne Franche-Comté : caractérisation et qualification des territoires de proximité ruraux et des populations âgées fragilisées

MOBIPRIM PA BFC
UB
Laboratoire d'Économie de Dijon, LEDI
Organisation de l'offre de santé
Mobilité Soins primaires Personnes âgées

Contexte

La France est confrontée aujourd’hui à deux principaux phénomènes sociodémographiques auxquels les politiques de santé et les acteurs doivent faire face. D’une part, la population vieillissante risque de s’accompagner d’une « vague démographique gériatrique » (Jeandel, 2010) et avec elle, une augmentation des pathologies chroniques et des polypathologies. D’autre part, une concentration des services et des populations vers les zones les plus urbanisées, mène progressivement à la carence en professionnel.le.s de santé sur certains territoires ruraux (Chevillard, 2018). L’accessibilité à l’offre de soins a longtemps été décrite par des indicateurs quantitatifs liés à l’offre (distance aux soins, densité (Bissonnette et al., 2012), accessibilité potentielle localisée (APL) (Barlet et al., 2012 ; Vergier et Chapput, 2017).

Cependant, ces indicateurs peinent à rendre compte de la complexe interaction entre l’offre, la demande, les besoins, les pratiques et leurs caractéristiques. Ces questions d’accessibilité et d’adaptation aux populations sont étroitement liées à celle des mobilités. Le confinement dû à l’épidémie de la Covid-19 a montré comment les populations les plus fragiles étaient pénalisées (Gueguen et al., 2020). Les inégalités inhérentes à l’épidémie ont également mené à des retards de soins voire à un non-recours (Inca, 2020), renforçant ainsi la nécessité de s’intéresser à l’accessibilité des soins et aux mobilités.

Objectifs 

Ce travail, qui se veut pilote, souhaite interroger les mobilités de santé et le potentiel de mobilité -la motilité – des usagers de la région en ciblant les personnes âgées. Leurs mobilités seront étudiées au regard de leurs dimensions technique (possibilités en termes de transport…), physique (capacité à se déplacer ou non…) et socio-économique (insertion sociale, ressources familiales et économiques, connaissance du territoire…). S’intéresser aux mobilités et au potentiel de mobilité des usagers, en particulier en zones rurales sous-dotées en professionnel.le.s de santé, permettra de mieux comprendre les inégalités sociales inhérentes et induites par des ressources différenciées, tout en appréhendant des modes de vies et des rapports à l’espace et au temps divers. En effet, mobilité et motilité résultent de la combinaison des conditions socio-économiques, territoriales, physiques et psychiques.

Par ailleurs, ce projet se veut complémentaire du projet « Temps médical potentiellement épargné sur les trajets de visite à domicile non justifiés médicalement » coordonné par le Pr José-Philippe MORENO qui interroge les mobilités des professionnel.le.s de santé. En effet, l’imbrication des deux volets – usagers et professionnels – permet une vision panoptique des mobilités en BFC afin de comprendre et in fine d’améliorer l’accès aux soins sur les territoires.

Méthodes 

Il s’agit de combiner une analyse statistique de catégorisation des territoires (données démographiques, socio-économiques, relatives aux mobilités/déplacements du quotidien, indicateurs sanitaires – pour la plupart issus du SNDS) et une étude sociologique des perceptions et des pratiques des populations fragilisées (6-8 focus groupes composés de personnes âgées) dans les différents types de territoires mis en exergue par l’analyse quantitative. Dans une visée comparative, les résultats quantitatifs et qualitatifs seront confrontés pour être mis en perspective. Une mutualisation de la collecte de données qualitatives – enquêtes auprès des personnes âgées et des professionnels – est envisagée avec le projet susnommé.

Perspectives envisagées

Cette recherche permettra de mieux comprendre les mobilités d’accès aux soins des personnes âgées de la région BFC. Elle offrira aux acteurs de terrain de premiers recours et aux institutionnels une nouvelle lecture pour appréhender les besoins et attentes des populations, dans la recherche d’une plus grande équité. Ce projet pilote pourra faire l’objet d’une extension à d’autres régions par le biais notamment de partenariats avec d’autres ORS pour tester le modèle d’analyse sur de nouveaux territoires et ainsi le valider.

Coordinatrice :
Anne BUTTARD, Laboratoire d’économie de Dijon, Université de Bourgogne